Alimentation parentérale : définition, indications, mode d’emploi, conséquences



L’alimentation parentérale (ou nutrition parentérale) permet d’apporter au corps tous les éléments dont il a besoin pour fonctionner correctement. Les nutriments, vitamines et autres oligo-éléments injectés par voie intraveineuse sont directement utilisables par les organes : ils passent par le système sanguin, court-circuitant le système digestif.

De fait, cette technique d’alimentation nécessite des conditions d’asepsie irréprochables. Elle peut être mise en place à l’hôpital ou à domicile, sous le contrôle d’infirmiers, de médecins, des patients eux-mêmes ou de membres de leur famille (après une formation spécifique). Comment fonctionne concrètement ce type d’alimentation artificielle ? À quels patients s’adresse-t-elle ? Comporte-t-elle des risques ? 

Définition : qu’est-ce que l’alimentation par voie parentérale ?

L’alimentation parentérale est une méthode de nutrition artificielle administrée par voie intraveineuse (par le biais d’un cathéter veineux). Comme son nom l’indique, elle ne stimule pas du tout le tube digestif. On l’utilise en dernier recours, lorsque le patient n’est pas en mesure d’obtenir macronutriments et micronutriments dont il a besoin par la bouche ou par nutrition entérale (sonde d’alimentation). Concrètement, les éléments nutritifs indispensables à la survie des patients sont conditionnés dans des poches stériles et acheminés sous forme de solution liquide, directement dans le flux sanguin, à l’aide d’une pompe.

Alimentation parentérale partielle ou totale ?

La nutrition parentérale peut être administrée en soutien partiel ou total de l’alimentation orale. 

  • La nutrition parentérale partielle ne subvient qu’à une partie des besoins nutritionnels journaliers de chaque patient, en complétant une alimentation orale. 
  • La nutrition parentérale totale, elle, subvient à l’intégralité des besoins nutritionnels journaliers. 

Nutrition entérale ou parentérale : quelles différences entre les deux ?

Il existe trois types de nutrition artificielle, aussi dite nutrition clinique : la nutrition entérale, la nutrition parentérale et la nutrition orale. L’alimentation entérale consiste à administrer une solution nutritionnelle dans le tube digestif du patient par l’intermédiaire d’une sonde d’alimentation (sonde d’alimentation naso-gastrique ou sonde de stomie). Comme dans le cas de l’alimentation parentérale, ladite solution est conditionnée dans une poche nutritive ou un flacon prêt à l’emploi. 

Si possible, on préfère toujours la nutrition entérale à la nutrition parentérale. En effet, la nutrition parentérale a plusieurs inconvénients par rapport à la nutrition entérale : 

  • elle est plus coûteuse ; 
  • elle affaiblit le système immunitaire et provoque davantage de complications ; 
  • et elle ne préserve ni la structure, ni le fonctionnement du système gastro-intestinal. 

Que contient la solution de nutrition parentérale ?

Les solutions d’alimentation parentérale sont généralement préparées à l’avance de façon industrielle et présentent une composition fixe. Mais il est également possible de préparer des solutions “à la carte” en pharmacie ou en laboratoire. Dans ce cas, le contenu de la solution est discuté par un médecin, un pharmacien et un diététicien agréé qui déterminent les besoins journaliers de chaque patient. Quelles que soient les proportions, la solution contient un mélange de nutriments essentiels :

  • Des glucides, qui apportent les calories nécessaires aux corps. La solution contient donc du glucose (sucre) sous la forme de dextrose.
  • Des protéines, qui fournissent des calories et garantissent le développement musculaire, la réparation des tissus, la lutte contre les infections et le bon fonctionnement des cellules. Elles sont constituées d’acides aminés. Acides aminés qui peuvent être produits par le corps, mais doivent aussi être cherchés de l’alimentation.
  • Des lipides (graisses), qui fournissent des calories et de l’énergie, assurent diverses fonctions cellulaires, préviennent notamment les carences en acides gras essentiels, maintiennent la chaleur corporelle et stockent certaines vitamines. 
  • Des électrolytes, qui assurent des fonctions osseuse, nerveuse, organique et musculaire. Les solutions de nutrition parentérale contiennent donc du calcium, du potassium, du phosphore, du magnésium, du sodium, du chlorure et de l’acétate.
  • Des vitamines A, B, C, D, E et K. Les carences en vitamines sont généralement évaluées avant la mise en place d’une telle méthode d’alimentation.
  • Des minéraux et des oligo-éléments comme le zinc, le fer, le cuivre, le chrome, le manganèse et le sélénium.
  • Et enfin de l’eau, qui permet de garantir l’hydratation des patients. 

À noter : ne soyez pas étonné par la couleur blanche (ou blanc cassé) de la solution. Celle-ci est liée à la présence de lipides.

Enfin, il est important de souligner que le contenu des solutions de nutrition parentérale varie en fonction des troubles éventuels de chaque patient, de leurs antécédents et de leur âge. Chez les nouveau-nés, par exemple, on abaisse drastiquement la concentration de dextrose. En cas d’insuffisance rénale ou d’insuffisance hépatique, on diminue fortement la concentration en protéines et on augmente la teneur en acides aminés essentiels. 

Cancer, insuffisance respiratoire, dépression, fin de vie… Pourquoi recourir à ce type d’alimentation artificielle ?

Vous l’avez sans doute compris, l’alimentation parentérale a pour objectif de garantir des apports suffisants pour permettre aux organes des patients de fonctionner correctement, mais aussi pour permettre audits patients de récupérer de la masse musculaire, de la masse grasse, etc. La plupart du temps, les personnes concernées sont en état de dénutrition du fait d’une anorexie mentale, d’une dépression, d’une fin de vie, d’un cancer ou d’une autre pathologie spécifique. 

La nutrition parentérale peut être envisagée en cas de trouble nécessitant une mise au repos importante du système digestif, lorsque la nutrition entérale n’est pas possible, insiste l’Association française de formation médicale continue en hépato-gastro-entérologie (source 1) : 

  • une occlusion intestinale ;
  • une péritonite généralisée
  • un syndrome du grêle court chirurgical
  • certains stades de rectocolite ulcéro-hémorragique
  • certains troubles gastro-intestinaux pédiatriques (des anomalies congénitales gastro-intestinales, des épisodes de diarrhée ou de vomissement prolongés, etc).

L’alimentation parentérale nécessite d’injecter des éléments nutritifs directement au travers d’une veine. Un protocole qui court-circuite le système digestif et nécessite du matériel stérile : l’injection est réalisée grâce à un cathéter veineux, un petit tuyau en plastique relié à la poche d’alimentation, que l’on insère directement dans la veine. Deux types de cathéters peuvent être utilisés : 

  • Un cathéter veineux périphérique, utilisé sur une courte durée. Ce type de cathéter est généralement relié à une veine au niveau du bras. 
  • Ou un cathéter veineux central, utilisé à plus long terme. Ce type de cathéter peut être inséré par un chirurgien dans une grosse veine menant au cœur (une veine du cou par exemple). Il est notamment utilisé pour prendre en charge les patients souffrant de cancers. 

À noter : quand l’alimentation parentérale est dure plusieurs semaines ou plusieurs mois, les médecins utilisent parfois des cathéters dits “tunnelisés” (placés sous la peau) ou des chambres implantables, appelées “port-à-cath” (de petits boîtiers également placés sous la peau). Ce type de matériel permet de limiter les remplacements de cathéters – et surtout de réduire les risques d’infection. 

Une fois sélectionné et élaborée, la poche d’alimentation est perfusée par cathéter ou chambre implantable à l’aide d’une pompe qui détermine la vitesse d’administration. Des examens sanguins sont ensuite réalisés pour surveiller la réponse de l’organisme. On surveille le taux de glucose dans le sang ou l’urine (pour éviter l’hyperglycémie), le taux d’électrolytes dans le sang, le taux de triglycérides dans le sang, le poids, le débit d’urine et teste la fonction hépatique. Au besoin, la solution peut ainsi être ajustée pour garantir un meilleur état nutritionnel. 

Combien de temps peut-on laisser la perfusion ?

Les perfusions sont réalisées chaque jour durant plusieurs heures, voire 24h/24h. Les pompes sont configurées pour administrer la solution parentérale sur des périodes données définies en fonction des besoins de chaque patient. 

Nutrition parentérale à domicile : que faut-il savoir ?

Comme indiqué en début d’article, les patients peuvent bénéficier d’une alimentation parentérale à domicile. Leurs aidants et eux devront donc apprendre plusieurs gestes techniques sous le contrôle de professionnels assermentés : stocker, manipuler et activer la solution ; ajouter la multivitamine et/ou les médicaments nécessaires dans la poche de perfusion ; connecter et déconnecter la pompe ; entretenir le cathéter ; prévenir les infections. Le St. Jude Children’s Research Hospital prodigue de nombreux conseils aux familles (source 2) : 

  • Anticiper la livraison et le stockage de la solution de nutrition artificielle. “Les services de perfusion à domicile peuvent fournir jusqu’à 7 poches de nutrition à la fois. Assurez-vous qu’il y a suffisamment d’espace de rangement dans le réfrigérateur et qu’il est propre. Ne stockez pas plus de 3 poches les unes sur les autres”.
  • Stockez impérativement toutes les moches dans le réfrigérateur dont la température doit être comprise entre 2 à 7 °C environ. “La solution est valable pendant 24 heures à température ambiante. Des bactéries peuvent se développer dans la poche si elles ne sont pas stockées correctement”.
  • Retirez la poche du réfrigérateur environ 2 heures avant de l’utiliser.
  • Connectez la nutrition parentérale au même moment chaque soir.
  • Tenez une liste de fournitures pour savoir combien d’articles vous possédez et quand en recommander.
  • Stockez vos fournitures dans un endroit sûr pour trouver facilement ce dont vous avez besoin (tampons imprégnés d’alcool, bandelettes réactives à l’urine, héparine et sérum physiologique, tubulure, piles, connecteur sans aiguille, etc). 
  • Gardez toujours une liste des coordonnées de votre médecin, pharmacien, diététicien et de la société de perfusion à domicile.

Alimentation parentérale : quelles peuvent-être les complications et effets secondaires ?

Près de 5 à 10 % des patients sous nutrition parentérale totale sont en proie à des complications liées à l’accès veineux central, indique le Dr David R. Thomas dans un article disponible sur Le Manuel MSD (source 3). Pour cause ? La mise en place d’un cathéter ou d’un port-à-cath est un acte invasif qui nécessite de piquer ou d’inciser à proximité d’autres organes que la veine visée. Des anomalies glycémiques (hyperglycémie / hypoglycémie) ou des dysfonctionnements hépatiques surviennent aussi chez plus de 90 % des patients. Récapitulatif des principales complications : 

  • Une hémorragie artérielle ou une perforation de la plèvre lors de la mise en place du cathéter ou d’un port-à-cath. 
  • Des infections, des thromboses ou des obstructions (caillots sanguins) liées à l’utilisation des cathéters. 
  • Des anomalies du métabolisme du glucose sont fréquentes et peuvent être évitées grâce à une surveillance stricte de la glycémie
  • Des complications hépatiques comprennent des troubles hépatiques, une hépatomégalie douloureuse et une hyperammoniémie. Elles sont plus fréquentes chez les nourrissons, du fait de leur immaturité hépatique).
  • Des carences en vitamines et les changements des électrolytes, qui peuvent être corrigés en modifiant les solutions perfusées. À noter : “L’élévation de l’urée sérique trahit une déshydratation qui peut être corrigée par l’administration d’eau sous forme de dextrose à 5 % par une veine périphérique”.
  • Une surcharge volémique (une surcharge d’eau à l’extérieur des cellules) peut survenir lorsque d’importants apports quotidiens énergétiques nécessitent des volumes hydriques considérables.
  • Une déminéralisation osseuse (ostéoporose ou ostéomalacie), peut aussi apparaître chez certains patients qui bénéficient d’une nutrition parentérale totale depuis plus de trois mois. 

“Les effets indésirables des émulsions lipidiques (dyspnée, allergies cutanées, nausées, céphalées, douleurs dorsales, sudation, vertiges) sont rares, mais ils peuvent survenir précocement, surtout si la vitesse de la perfusion des lipides est supérieure à 1 kcal/kg/h”, ajoute le médecin. 



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En bref

Alimentation parentérale : définition, indications, mode d’emploi, conséquences

L’alimentation parentérale (ou nutrition parentérale) permet d’apporter au corps tous les éléments dont il a besoin pour fonctionner correctement. Les nutriments, vitamines et autres oligo-éléments injectés par voie intraveineuse sont directement utilisables par les organes : ils passent par le système sanguin, court-circuitant le système digestif. De fait, cette technique d’alimentation nécessite des conditions d’asepsie …

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