Au Pérou, la contestation révèle le fossé entre Lima et le reste du pays


Manifestation antigouvernementale à Lima, le 24 janvier 2023.

Il est des petites phrases incendiaires. Tout en confirmant qu’elle n’entendait pas d’émissionner, la présidente péruvienne, Dina Boluarte, a appelé ses compatriotes, mardi 24 janvier, à une « trève nationale ». Des manifestants continuent de barrer les routes dans le sud du pays, les problèmes d’approvisionnement s’y aggravent et les troubles touchent désormais la capitale. « Je ne me lasserai pas d’appeler au dialogue, à la paix et à l’unité », a répété la présidente, qui s’exprimait à Lima devant un parterre de journalistes étrangers. Ses propos étaient retransmis en direct à la télévision. « Je dois assurer la tranquillité de 33 millions de Péruviens, at-elle lâché. Puno n’est pas le Pérou. »

« Puno n’est pas le Pérou ? », s’indigne Carmen Pacari, une Indienne aymara originaire de cette ville andine du sud du pays où le mouvement de protestation a démarré, il y a sept semaines, après la tentative de coup d’État et la destitution du président Pedro Castillo (gauche). Carmen a fait le voyage en camion pour venir manifester à Lima, où un nouveau rassemblement à eu lieu mardi. Elle agite avec colère son drapeau péruvien. A ses côtés, Oscar Campos, un étudiant en histoire, est, lui aussi, indigné : « Pour le gouvernement, le Pérou semble se limiter aux élites blanches – et racistes – de Lima. »

Destitution de Castillo « perçue comme injuste »

« La crise actuelle, commente Adriana Urrutia, présidente de l’association Transparencia, résultat de la superposition de plusieurs conflits. L’un d’eux est celui qui oppose Lima, sur la côte, et le reste du pays. Il n’est pas nouveau. » Professeur de sociologie politique à l’Université catholique de Lima, David Sulmont explique : « Il y a un an, les provinces pauvres du sud du pays avaient voté massivement pour Pedro Castillo, un modeste instituteur [issu des Andes]. Castillo a été un très mauvais président, il a tenté un coup d’État. Mais sa misère a été perçue comme une injustice par ses électeurs qui, historiquement, ne se sentent pas politiquement représentés à Lima. » La capitale vient de se choisir un maire d’extrême droite, Rafael Lopez Aliaga.

La violence de la répression policière a achevé de discréditer Dina Boluarte, la vice-présidente devenue cheffe de l’État le 7 décembre. Près de 50 manifestants ont été tués depuis le début de la mobilisation. Pas un seul à Lima. Mardi, Mmoi Boluarte a demandé « pardon pour les morts » et annonce que le parquet allait mener une enquête. « Mais ni elle, ni aucun ministre n’ont démissionné, souligne David Sulmont. Ça ne s’est jamais vu. »

Il vous reste 66,23% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.



Source link

En bref

Au Pérou, la contestation révèle le fossé entre Lima et le reste du pays

Manifestation antigouvernementale à Lima, le 24 janvier 2023. ANGELA PONCE/REUTERS Il est des petites phrases incendiaires. Tout en confirmant qu’elle n’entendait pas d’émissionner, la présidente péruvienne, Dina Boluarte, a appelé ses compatriotes, mardi 24 janvier, à une « trève nationale ». Des manifestants continuent de barrer les routes dans le sud du pays, les problèmes …

Au Pérou, la contestation révèle le fossé entre Lima et le reste du pays Lire la suite »

Abonnez vous

Recevez les dernières actualités dans votre boite mail.

You have been successfully Subscribed! Ops! Something went wrong, please try again.